L’UNIL accueille actuellement une exposition sur l’histoire mouvementée de la télévision de service public. Baptisée « La télévision en Suisse. 75 ans sous tension », elle est le fruit du travail de deux chercheuses, qui ont bénéficié de plusieurs décennies d’archives RTS pour retracer les conflits qui ont façonné ce média. Plusieurs événements sont prévus pendant la durée de l’exposition, dont une projection–discussion en partenariat avec la SSR Suisse Romande.
De la remise en question actuelle de la redevance à la méfiance du public des années 1950 face à l’arrivée d’un nouveau média, en passant par les scandales causés par certaines émissions et par les combats syndicaux : l’histoire de la télévision en Suisse a été jalonnée de défis et de tensions. Marie Sandoz et Anne-Katrin Weber, chercheuses en histoire et esthétique du cinéma à l’UNIL, se sont plongées dans ses méandres pour proposer une exposition visible jusqu’en février dans le bâtiment Anthropole. À travers elle, elles se questionnent sur « la raison d’être d’un service public », qui devrait, selon Anne-Katrin Weber, figurer au centre des débats actuels.
Si elles ont choisi cette thématique, c’est en partie par intérêt personnel, mais également en raison du contexte lié aux deux actualités importantes de la RTS et de la SSR. La première est le déménagement de la RTS à Ecublens, qui la rapproche des hautes écoles et leur permet d’intensifier leurs collaborations (lire Focus en page 7). L’autre est l’approche de la votation sur l’initiative « 200 francs ça suffit ! », qui, comme l’initiative « No Billag » avant elle, fait planer des incertitudes sur l’avenir de la SSR.
« Le service public audiovisuel est mis sous pression, par ces initiatives mais aussi par les transformations numériques et par la transformation des usages du public » constate Marie Sandoz, laquelle précise que l’exposition prend ce point d’ancrage pour revenir sur les tensions et bouleversements que la télévision suisse a traversés depuis les premières expérimentations au début des années 1950. « On ne voulait pas relativiser l’acuité de la crise actuelle, car c’est une remise en cause sans précédent. Si la votation est acceptée, on sait que le service public tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existera plus, explique Marie Sandoz. Mais nous, en tant qu’historiennes de la télévision, on avait envie de la mettre en perspective sur une plus longue durée. D’une part, on observe une certaine continuité des problématiques et des critiques adressées à l’institution télévisuelle. De l’autre, l’exposition permet de réfléchir à ce qui est différent aujourd’hui. »
Cette histoire s’est d’ailleurs ouverte dans un contexte de méfiance et de craintes : de la part du public, d’une part, face à un média qui entre dans les maisons et est soupçonné d’abêtir les enfants, et de la part des autres médias, qu’il s’agisse du cinéma ou de la presse écrite, qui s’inquiètent de la concurrence que pourra leur faire le petit écran. C’est à ces débuts qu’est consacré le premier module de l’exposition, complété par cinq autres. L’un est dédié à l’entreprise RTS, ou plutôt, à l’époque, la TSR, et présente les conflits internes à l’institution ainsi que son lien avec son public.
Ce module aborde notamment le courrier des téléspectateurs et téléspectatrices, qui fait en parallèle l’objet d’un dossier sur le site notreHistoire.ch, mais également des sujets plus conflictuels, comme les émissions qui ont fait scandale. Parmi elles figurent des reportages polémiques de Temps présent, ainsi que les émissions de Nathalie Nath, entrée à la TSR dans les années 1960 et productrice notamment de Canal 18/25, un programme destiné aux jeunes adultes. Certaines émissions, traitant de thématiques comme la sexualité et les relations amoureuses, ont fait scandale. « Il y a eu des pressions à l’externe et à l’interne de la TSR » relate Anne-Katrin Weber, précisant que celles-ci ont, finalement, mis un terme à l’émission. Nathalie Nath sera d’ailleurs au cœur d’une projection-discussion proposée le 22 janvier par les responsables de l’exposition, en collaboration avec la SSR Suisse Romande (voir dans l’agenda, page 16). D’autres événements et activités ont eu lieu ou sont prévus autour de l’exposition, notamment en partenariat avec la RTS.
Le lien avec la RTS s’est tissé bien plus tôt dans la conception de l’exposition. Les deux commissaires d’exposition ont travaillé en partie avec son service des archives pour obtenir les nombreux textes, photos et vidéos qui ont constitué leur matière de base. Si la collaboration a été étroite, les deux historiennes assurent avoir gardé leur indépendance scientifique. « Ce n’est pas une expo qui dit seulement du bien de RTS et de la SSR » assure Marie Sandoz. Et Anne-Katrin Weber de renchérir : « C’est notre proposition, notre analyse, notre interprétation ».
Par Nina Beuret
Paru dans le magazine Médiatic 233 (décembre 2025)
