09.01.2026 - Médiatic

Un lieu qui incarne l’avenir du service public audiovisuel

Pascal Crittin, directeur de la RTS RTS © Anne Kearney

Pascal Crittin, directeur de la RTS, partage ses impressions sur le nouveau site de production de Lausanne-Ecublens.

L’inauguration du site de production RTS de Lausanne-Ecublens marque bien plus qu’un déménagement : elle symbolise une transformation profonde de la RTS et, au-delà, du service public audiovisuel en Suisse romande. Ce bâtiment n’est pas seulement un geste architectural. Il est l’expression d’une ambition : réinventer notre manière de produire, de collaborer et de dialoguer avec le public dans un monde en mutation.

Depuis plus de dix ans, nous avons porté ce projet avec une conviction : pour rester pertinent, le service public doit anticiper les évolutions technologiques et sociétales. Si la digitalisation révolutionne nos vies à toutes et tous, à la RTS, elle bouleverse nos contenus, nos modes de production, notre relation avec le public. Face à ces défis, nous avons besoin de flexibilité et de robustesse. C’est ce que propose le site de Lausanne-Ecublens. Robustesse des quatre bâtiments (« émergences ») dans lesquels se trouvent nos grands studios. Flexibilité de la plateforme ouverte où interagiront nos rédactions et nos équipes organisées autour de la production de contenus audio et vidéo, indépendamment des vecteurs de diffusion (chaînes de télévision et radio en linéaire, plateforme de streaming et applications mobiles, comptes RTS sur les réseaux sociaux). Nous avons choisi de regrouper les rédactions par matières plutôt que par médias, un modèle qui correspond déjà à notre époque et prépare l’avenir.

Ce lieu est aussi un espace de vie et de rencontres. Dans ce bâtiment ouvert et transparent, le public pourra découvrir sa RTS, le corps estudiantin de l’EPFL et de l’UNIL y sera accueilli, et les écoles romandes participeront à nos ateliers d’éducation aux médias. Ce rapprochement avec le campus universitaire n’est pas anodin : il traduit une vision partagée avec l’EPFL, celle d’une collaboration renforcée entre la haute école et la SSR, entre la recherche technologique et l’entreprise de média public, toutes deux au service de la société et de la démocratie. À l’ère numérique, ce lien est vital.

Le site est également un modèle de responsabilité budgétaire et environnementale. Entièrement financé par la vente des anciens bâtiments qu’il remplace (hors tour RTS à Genève), il réduit d’un tiers au moins nos surfaces et nos charges de fonctionnement, tout en respectant des standards élevés en matière d’efficacité énergétique. C’est une manière concrète de conjuguer ambition et sobriété.

En douze ans de travail, nous avons surmonté de nombreux obstacles comme le scepticisme voire l’opposition de certaines personnes, la pandémie, la hausse des coûts, les menaces sur le financement du service public. Malgré tout cela, nous livrons un site de production dans les délais (à quelques mois près) et en respectant le cadre budgétaire. Ce résultat est le fruit d’un engagement collectif des architectes, entreprises et mandataires externes que nous remercions vivement, et aussi – je tiens à le relever – des équipes de la RTS et de la SSR qui ont assuré la maîtrise de l’ouvrage. Le service public révèle ici la pleine mesure de son savoir-faire.

Mais ce site est surtout une promesse : celle d’un service public audiovisuel SSR qui reste fort, créatif et ancré en Suisse romande, une région qui compte, par sa langue, sa culture, sa vision du monde. Cette identité romande serait fragilisée par une redevance à 200 francs, qui ne suffirait pas à financer un service public de qualité dans les régions minoritaires. Du résultat de la votation du 8 mars 2026 dépendra non seulement l’avenir de ce site de production en Suisse romande mais aussi, et surtout, la diversité d’offres que nous pouvons proposer au public.

Aujourd’hui, Lausanne-Ecublens devient un symbole d’équilibre et de transformation, symbole d’une RTS qui se réinvente sans renier ses valeurs : proximité, diversité, exigence. Ce bâtiment n’est pas seulement le nôtre : il est désormais aussi le vôtre. Nous nous réjouissons de vous y accueillir l’année prochaine, lors d’un week-end de portes ouvertes.

Par Pascal Crittin

Paru dans le magazine Médiatic 233 (décembre 2025)