Elles et ils sont musicien.ne.s, ou humoristes, confirmé.e.s ou en émergence, ou encore responsables d’événements sportifs. La RTS, et plus largement la SSR, est un maillon important dans leurs activités. Découvrons leur regard pertinent sur le média romand.
Pour beaucoup de personnalités suisses, le service public n’est pas qu’un outil abstrait servant à la cohésion sociale et à soutenir la culture du cru, mais un véritable tremplin. Zoom d’abord sur Marie Jay, une artiste de 23 ans, cette génération qu’on dit peu intéressée par l’offre du service public. En décembre 2024, la chanteuse lausannoise est couronnée révélation suisse romande lors des Tataki Awards. Ce concours musical est organisé par RTS Tataki, le média 100% numérique de la RTS, dont les contenus visent les 15-25 ans. Une première sélection est faite par le vote des internautes sur le compte Instagram de RTS Tataki. La lauréate gagne un accompagnement musical pour la réalisation d’un projet et une place pour se produire sur une scène gratuite au Montreux Jazz Festival. Mission accomplie en juillet dernier.
Parler à tous les publics. Depuis cette distinction, l’auteure, compositrice et interprète a-t-elle vu s’ouvrir de nouveaux horizons, tant elle semble présente sur l’ensemble des vecteurs de la RTS? «Pas facile de répondre à la question. Je crois que c’est le résultat d’un travail global, mené en amont depuis longtemps. J’ai beaucoup travaillé pour trouver des concerts, organiser le vernissage pour la sortie de mon EP, construire une communauté sur les réseaux sociaux», pondère celle qui est tombée dans la musique depuis l’adolescence et dont l’univers oscille entre french pop et chanson. Elle poursuit sa réflexion, prenant la mesure de sa visibilité médiatique: «J’ai bénéficié de mises en avant très différentes sur la RTS et ça m’a permis de toucher tous les publics. Les amis de ma maman m’ont vue à la télé grâce à Radar, ou écoutée sur RTS Option Musique, et les potes de mon petit frère sur Instagram pendant les Tataki Awards. Pour moi qui fais de la musique qui vise à parler aux gens au-delà des générations, c’est vraiment super.» La chanteuse, affirmée mais sans avoir pour autant la grosse tête, oublie même d’évoquer sa prestation lors de l’inauguration du site de production de Lausanne-Ecublens en novembre dernier.
Marie Jay relève combien l’industrie de la musique est petite en Suisse et à quel point il est difficile d’en vivre en ne faisant que des concerts. De plus, la visibilité qu’apportent les médias privés suisses aux artistes se cantonne souvent à leur région linguistique. Mais le printemps dernier, grâce au service public, la Vaudoise a vécu une expérience intéressante dans le cadre du projet «SRG SSR On the road to Basel», en lien avec l’Eurovision. Elle a pu se produire à Coire, Lugano et Bâle, entourée d’artistes émergent.e.s des autres régions linguistiques. L’occasion de séduire des fans outre-Sarine et surtout d’échanger avec des musicien.ne.s, peut-être les Stephan Eicher ou Sophie Hunger de demain.
Bénéficiaire du service public pour sa musique, Marie Jay n’en est pas moins consommatrice, insiste-t-elle. La baisse de la redevance l’inquiète, une «idée de merde!» résume-t-elle. «La RTS montre une vie culturelle fourmillante. Si elle a moins d’argent, elle ne pourra plus en faire autant. Garder une culture accessible à toutes et tous permet de maintenir la société vivante. Si seul.e.s les riches peuvent se l’offrir, cela créera des écarts encore plus grands qu’aujourd’hui.»
«Sans le coup de pouce de la RTS, ou plus largement des radios et télévisions nationales, nous n’aurions jamais eu la même carrière, c’est une évidence», martèle pour sa part Lucas Fitoussi, membre fondateur du groupe valaisan Anach Cuan. Ce dernier se compose au départ d’une bande de potes qui aiment boire une bière et jouer du folk irlandais. C’était en 2003. Depuis, leur style s’est affiné et mélange musique celtique et pop moderne. Le succès a suivi: un EP, Paléo en 2016, une présélection à l’Eurovision de la chanson, une participation à Incroyable Talent Suisse sur SRF,… et un cinquième album en préparation. Pourtant, ça n’était pas gagné d’avance: «On fait de la musique populaire festive. On ne rentre pas dans les carcans modernes et de choses qui passent facilement à la radio. C’est vrai que RTS Option Musique a toujours voulu mettre en avant les groupes suisses, qu’ils jouent ou non de la musique populaire. Leur intérêt nous a permis d’exister médiatiquement» se réjouit le musicien.
Lucas Fitoussi défend fermement l’idée que promouvoir la culture, la musique suisses nécessite d’importants moyens que seul le service public peut engager. Et c’est son mandat. «Ne blâmons pas les radios ni télévisions privées dont le mandat est autre. Fatalement, c’est moins rentable pour eux de passer un morceau d’Anach Cuan qu’un tube de Taylor Swift, ou Britney Spears à l’époque. En revanche, la vivacité d’un groupe comme le nôtre est liée à l’écho qu’en donnent les médias publics.» Aussi espère-t-il que demain, d’autres artistes bénéficieront du même soutien.
Un humoriste, à la carrière bien engagée, serait-il disponible pour évoquer la pratique de son art sur le service public? Tous sont suroccupés car ils multiplient les mandats en France notamment, comme Yann Marguet qui officie sur France Inter et dans l’émission Quotidien. Blaise Bersinger s’y prête finalement. Le trentenaire est pressé, car il est en route vers un stade de football. Le Vaudois rembobine le temps pour évoquer Les Dicodeurs, son premier engagement à la RTS. «Avec Yann Marguet et Yoann Provenzano, on s’était fait virer de Rouge FM, car le propriétaire de la station avait décrété que les gens n’avaient pas envie de rire quand ils écoutaient la radio. J’ai alors pris mes couilles dans les deux mains, écrit au producteur de l’émission, dit que j’étais rigolo et voulais travailler aux Dicodeurs. J’ai passé un test et pu rejoindre l’équipe. Ça a été une expérience méga importante, un vrai booster.»
L’humour sans entrave. Blaise Bersinger réalise qu’être humoriste peut être un métier, pas juste un amusement. Il apprend à utiliser le média radio, à écrire des blagues. Il peut combiner ses compétences en impro et sa passion pour la scène puisque Les Dicodeurs sont enregistrés en direct et en public. L’emballement est total. Si ses projets personnels de spectacle occupent l’humoriste ce printemps, il tient à garder un pied dans Les Dicodeurs. Puis, évoquant ce qu’il trouve prioritaire dans le service public, il met l’information et l’enquête au sommet de la pyramide, mais il n’en relève pas moins que «l’humour de service public n’est mu par aucune logique financière. D’où cette liberté de ton et création qui sera toujours plus grande que n’importe où ailleurs.» L’humoriste y apporte toutefois un léger bémol depuis le rejet de l’initiative No Billag en 2018: une forme de pression s’exerce sur la RTS (et par ricochet sur les humoristes) qui doit de plus en plus rendre des comptes et justifier l’existence de certaines émissions menacées de disparaître.
Figure phare de RTS Couleur 3, Blaise Bersinger compte avoir sa place dans l’équipe après son déménagement à Ecublens. La chaîne va repenser son repositionnement en matière d’humour à l’heure où le «web first» est privilégié.
Encadré : Un partenaire indissociable pour le sport
La RTS diffuse environ 4000 heures de sport par an, couvrant 30 disciplines. Parmi les événements phare, le Tour de Romandie sera à suivre du 28 avril au 3 mai. Pour son directeur, Richard Chassot, la RTS est un partenaire indissociable, tant en termes de capacités de production, de moyens logistiques que de savoir-faire. Selon lui, le cyclisme a la force de pouvoir mettre en évidence un sport, mais aussi une région, un patrimoine. Les images produites par la RTS sont reprises par 145 chaînes de télévision, dont 80 diffusent en direct. «C’est 25 millions de téléspectateurs et téléspectatrices sur les cinq continents. On comprend l’intérêt des villes ou stations de ski qui accueillent le Tour. C’est une publicité internationale et le produit est romand.» Pour l’édition 2027, Richard Chassot avoue être dans le flou total sur les conditions de production de son partenaire média en raison de la votation sur la redevance, qui menace la diffusion de sport par la SSR.
Par Marie-Françoise Macchi
Paru dans le magazine Médiatic 234 (février 2026)
