Si l’initiative « 200 francs, ça suffit ! » était acceptée, quel en serait l’impact pour le service public en Suisse romande ? Le Comité régional romand « Non à l’initiative SSR » y répond par la voix de deux des quatre parlementaires qui se partagent la coprésidence, la centriste valaisanne Marianne Maret et le socialiste neuchâtelois Baptiste Hurni.
– Sept comités régionaux et cantonaux sont regroupés autour du Comité national « Non à l’initiative SSR ». Pourquoi une section romande ?
Marianne Maret : la perception des médias en Suisse romande est différente de la Suisse alémanique. Pour mener une campagne sensible comme celle-ci et convaincre, mieux vaut s’adresser aux Romand.e.s en français… Nous avons également des intérêts différents à défendre. Compte tenu de la petitesse de notre territoire, surtout de notre démographie, avec le Tessin et les régions rhéto-romanches, nous serons davantage impactés. Si vous divisez par deux de gros moyens, c’est pénible, mais il reste quelque chose. Mais si vous divisez par deux des moyens déjà pas énormes, il ne reste plus de quoi vivre : 135 francs en moins, c’est la moitié moins pour la SSR, puisque la contribution versée aux radios et TV régionales ne sont pas affectées par l’initiative. C’est clairement la SSR qui est visée. Et une diminution des moyens pour la Suisse romande implique que l’on va toucher à l’essentiel.
– Qu’est-ce qui est menacé ?
Marianne Maret : la SSR produit des programmes en quatre langues, c’est un défi qui a un coût. Et la RTS est le seul média qui couvre l’ensemble du territoire suisse. C’est un bel outil de cohésion nationale. Si je fais un parallèle avec certains cantons alémaniques qui veulent éjecter l’apprentissage d’une deuxième langue nationale au profit de l’anglais, je m’interroge sur la vision alémanique de la cohésion nationale et j’y vois une forme d’arrogance. Je crains que cette même arrogance ne s’exerce au niveau du média ! Ne nous voilons pas la face : si plus personne n’a de moyens suffisants, ça sera la guerre entre les régions et je ne suis pas sûre que la RTS en sorte gagnante.
Baptiste Hurni : Les Romands sont une minorité linguistique et il n’y a pas une chaîne de TV privée capable de couvrir toute l’actualité romande et surtout régionale comme le fait la RTS. Sans elle, nous nous retrouverions dans un désert médiatique sur des activités très régionales liées au sport, à la culture, à la politique. Aucune chaîne régionale – même si elles font un excellent travail – ne peut organiser des débats du type d’Infrarouge, avec des invité.e.s provenant de tous les cantons. C’est la force du service public de faire ce lien.
– A une personne qui ne voit pas l’utilité du service public, qu’expliquez-vous ?
Baptiste Hurni : avoir accès à une information fiable, vérifiée, neutre, qui réponde à un code de déontologie, c’est un service public et clairement la tâche de l’Etat. Il est plus important encore à l’heure des fake news. J’ai envie de pouvoir accéder à ce socle dans mon pays, dans ma région.
– L’initiative tend à limiter, voire supprimer le divertissement, le sport. Qu’en dire ?
Marianne Maret : même si je peux comprendre l’argument, je le conteste. Le divertissement à la RTS met en exergue notre région, parle des artistes, de l’humour romands. Le supprimer serait une perte pour notre culture et enlèverait tout aspect récréatif à la RTS. Pour le sport, certain.e.s ne voudraient garder que les événements les plus suivis. Lesquels ? Avons-nous les mêmes centres d’intérêt que les Alémaniques ?
– Les sondages montrent une votation serrée entre les pour et les contre à l’initiative. Quel vent sentez-vous venir ?
Marianne Maret : J’ai été positivement étonnée par le vote au Conseil des Etats, incroyablement majoritaire contre l’initiative. Et je suis refroidie par ce que j’entends dans mon canton. Il n’y a pas la mesure de la portée du vote. Les arguments des personnes favorables à l’initiative sont en lien avec des mécontentements personnels. Elles entendent pénaliser la SSR en raison de contenus qui les ont dérangées. Il m’arrive aussi de me mettre en colère quand j’entends le biais de certains journalistes. Je ne vais pas pour autant appauvrir davantage ce média.
– Enfin, le Comité romand rend attentif aux conséquences collatérales de l’initiative…
Baptiste Hurni : la SSR, avec ses unités d’entreprise, contribue de manière proportionnelle à son importance à toute une série de services qui sont mutualisés. Elle est un client important de l’agence de presse Keystone-ATS, soutient les centres de formation des journalistes. Elle aide également la création cinématographique, les festivals. Je suis président du Festival international du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF). La RTS est non seulement un soutien financier mais elle participe à la visibilité médiatique du NIFFF. Si elle doit diminuer de moitié son budget, elle diminuera aussi ses contributions, voire y mettra fin.
Par Marie-Françoise Macchi
