Porte-parole de la RTS, Marco Ferrara est souvent amené à s’exprimer au nom du média. Particulièrement mobilisé lors de la campagne au sujet de l’initiative SSR, il évoque son rôle et les défis qui l’accompagnent.
En quelques mots, en quoi consiste habituellement votre métier ?
Les porte-paroles représentent leur institution dans les médias et en public. Avec mon collègue Christophe Minder, nous sommes autorisés à nous exprimer au nom de la RTS et assurons l’interlocution avec les journalistes en relayant les prises de position de l’entreprise.
Quels sont les aspects qui vous motivent particulièrement, et ceux qui sont peut-être plus difficiles à gérer ?
A mes yeux, l’engagement avec le service public est l’ingrédient de base. Ces derniers mois ont été intenses : j’ai eu l’opportunité de défendre la RTS et la SSR dans un contexte tendu de campagne politique, avec la satisfaction de voir nos propos être compris de la population. Faire passer des messages, c’est faire des choix. Si tous nos collègues s’exprimaient en même temps sur tous les sujets, que retiendrait le public ? Notre rôle et notre défi est de canaliser la parole, car tout le monde y gagne lorsque l’institution est entendue avec clarté.
Justement, lors de la campagne autour de l’initiative SSR, vous avez été particulièrement sollicité. En quoi vos missions ont-elles différé par rapport à des périodes plus calmes ?
Il nous a fallu rectifier de nombreuses contre-vérités et idées reçues. Nous étions prêts, car nous connaissions le sujet et avions anticipé l’identification des arguments. Face aux attaques, nous avons apporté des éclairages factuels, en restant dans les limites de notre fonction. Le nombre d’interventions a pris l’ascenseur, mais l’effort en a valu la peine.
En quoi votre rôle a-t-il été crucial pour la RTS ?
La perception que les gens ont de leurs institutions est déterminante, surtout dans une démocratie où la population est fréquemment appelée aux urnes. Le rythme de l’actualité pénalise les longues hésitations : si quelque chose doit être dit, il faut y aller, prendre la parole en se mettant à la place du public. C’est comme les messages sur les panneaux électroniques des autoroutes : ils doivent être bien placés, concis et sans ambigüité. Au-dessus de notre rôle, nous comptons à la RTS sur un directeur crédible, à l’aise sur les plateaux TV, les directs radio et les interviews écrites : cet atout a eu un impact significatif.
Durant la campagne, la SSR et la RTS ont fait l’objet d’une attention particulière. Comment avez-vous vécu cette période ?
En marge de tous les signes de soutien et d’affection, nous avons aussi dû affronter des offensives haineuses, relayant des accusations fallacieuses véhiculées sur les réseaux sociaux. Tout le monde ne sait pas distinguer les sources d’information et certains acteurs en profitent pour jouer avec l’opinion publique. Voilà pourquoi il faut préserver une SSR solide, indépendante de tout pouvoir politique ou économique. Après le sprint que nous venons de vivre, il reste une course d’endurance à assurer à long terme.
Au quotidien, comment gérez-vous la pression inhérente à la position très exposée de la RTS ?
Je connaissais la RTS avant d’y venir, j’ai grandi avec des médias de service public et je leur dois une partie de la personne que je suis. La RTS est appréciée, c’est une des marques les plus reconnues du pays. Dès lors qu’elle est perceptible en direct dans tous les foyers, elle est par nature très exposée à la critique. A nous de savoir relativiser les choses et trouver des moyens de nous ressourcer sur le plan personnel durant le temps libre. Dans mon cas, la montagne est une valeur sûre.
Les résultats de la votation sont encourageants pour la SSR, mais l’avenir ne s’annonce pas de tout repos pour autant. Quels sont les prochains défis qui vous attendent ?
Nous avons fusionné l’Office des relations médias de la RTS avec ceux de la SSR, de SRF, de la RSI et de la RTR. Ce fonctionnement suprarégional et plurilingue renforcera la coordination. Après le débat du financement de la SSR, il y aura celui de la concession qui en définit le périmètre d’action. Pour rester attractif, le service public doit pouvoir continuer de proposer une offre complète, comme l’exige d’ailleurs la Constitution. Cela inclut des programmes de sport et de divertissement qui soient à la hauteur. Il est aussi essentiel que la SSR poursuive son développement numérique afin de coller aux usages du public et demeurer viable à long terme. Le net rejet populaire de l’initiative et le soutien à la SSR manifesté par de nombreuses organisations ont confirmé que le peuple suisse veut un service public fort, avec une offre diversifiée et ancré dans toutes les régions.
Par Nina Beuret
Article paru dans le Médiatic 235 (mai 2026)
