Chaque année, la redevance audiovisuelle permet de financer l’offre radio, TV et numérique de la SSR, mais aussi de nombreux médias privés. Mais comment cet argent est-il réparti et que permet-il concrètement de produire ? Grâce à une péréquation financière, la RTS reçoit 32% de la quote‑part attribuée à la SSR, laquelle perçoit 88% du produit total de la redevance. En plus des frais liés à ses activités, elle investit dans la culture et le cinéma, des domaines qui seraient directement affectés si la redevance devait être réduite.
Si la RTS touche une part supérieure de la redevance à celle qui est générée en Suisse romande, c’est grâce au principe de solidarité entre régions. « La SSR garantit l’équivalence des prestations sur l’ensemble du territoire et répartit ses moyens selon un principe de solidarité helvétique inter‑régionale », explique Malika Boussetta, cheffe du Département finances de la RTS. Ce mécanisme compense les différences démographiques : la Suisse alémanique collecte davantage de redevance, mais n’en conserve pas l’intégralité. Selon les données officielles, sur les quelque 930 millions de francs perçus en Suisse alémanique, 370 millions sont redistribués aux autres régions, dont 115 millions pour la Suisse romande. « Chaque jour, 4 à 5 heures de programmes radio et TV de la RTS ainsi qu’un quart de notre offre digitale sont financés grâce à cette solidarité », précise Malika Boussetta.
Et comment la RTS utilise-t-elle ces moyens ? « Environ 80% de nos coûts sont consacrés à la production des émissions et des programmes », souligne la responsable financière. Les 20% restants couvrent les coûts immobiliers, administratifs et les projets de développement ou de transformation. Au sein de la SSR, les charges de personnel représentent environ 55% des coûts totaux, répartis dans les différents postes, un niveau comparable à celui d’autres entreprises médiatiques.
Un soutien massif à la culture et au cinéma
La redevance ne finance pas seulement l’information ou le divertissement : elle irrigue aussi l’écosystème culturel suisse, soutenant notamment les musiques classiques et populaires. À l’échelle de la SSR, 21% du budget va aux divertissements et films, et 17% aux domaines « société, culture et formation ». En Suisse romande, la RTS investit chaque année 12 à 14 millions de francs dans la coproduction de films, séries et documentaires.
Ces montants s’intègrent dans les 50 millions de francs annuels que la SSR engage pour soutenir la création cinématographique suisse. « Lorsque nous produisons des films ou des séries, nous le faisons toujours en coproduction avec des maisons de production suisses », rappelle Malika Boussetta. Parmi les projets récents figurent Winter Palace ou The Deal, deux séries qui ont connu un succès retentissant.
La SSR a coproduit ces fictions, et bien d’autres, dans le cadre du Pacte de l’audiovisuel, un accord avec la branche garantissant 34 millions de francs par an pour la création. Les retombées économiques sont importantes : chaque franc investi par la SSR génère 1,40 franc de valeur ajoutée dans d’autres entreprises. Si la redevance était réduite à 200 francs, c’est toute la branche qui serait affectée.
Pourquoi la redevance est indispensable
Dans un pays aux quatre langues nationales, produire une offre généraliste de qualité serait économiquement impossible sans un financement solidaire tel que le permet la redevance. « Dépendre uniquement de la publicité ou de financements privés mettrait en danger l’indépendance et la qualité journalistique », ajoute Malika Boussetta. Et parce que la redevance est perçue en dehors du budget fédéral, elle constitue selon la responsable « une garantie démocratique qui protège l’indépendance éditoriale ».
Le marché publicitaire suisse, trop limité, ne pourrait de toute façon pas compenser une baisse importante de la redevance, selon notre interlocutrice. Laquelle précise qu’aujourd’hui, la publicité représente seulement 15% du budget de la SSR. Au-delà des chiffres, Malika Boussetta insiste : « La redevance génère un apport à l’ensemble de la société et contribue à l’identité romande tout en renforçant la cohésion nationale. » Grâce à elle, la RTS touche chaque semaine 8 personnes sur 10 en Suisse romande, tous supports confondus.
Ce système de financement du service public audiovisuel est même l’une des garanties de notre démocratie. « Sans redevance, il n’y aurait plus de média de service public. Nous pouvons constater dans d’autres pays d’Europe ou aux Etats-Unis l’impact d’une trop forte concentration dans le paysage des médias privés. La SSR permet de maintenir en Suisse un savoir-faire pointu sur le marché et reconnu à l’international » conclut Malika Boussetta.
Par Nina Beuret
Paru dans le magazine Médiatic 234 (février 2026)
