22.06.2026 - Médiatic

Matthieu Fournier, la vie au grand air et les jumelles autour du cou

RTS © Anne Kearney

Que ce soit en haut d’une montagne, au fil de l’eau ou au cœur de la forêt, Matthieu Fournier est dans son élément en pleine nature. Présentateur et producteur de Passe-moi les jumelles, le magazine d’évasion de la RTS, il a plusieurs fois eu l’occasion de réaliser des reportages insolites pour l’émission. Diffusée depuis début mai sur Play RTS et chaque vendredi soir sur RTS 1 dans le cadre de l’émission, sa série « Cap kayak » est un exemple hors normes. Elle va à la rencontre d’un couple de Romand.e.s au rêve un peu fou : ramer d’Yverdon au Cap Nord en kayak de mer. Matthieu Fournier n’a pas hésité à sortir des sentiers battus pour les suivre et raconter leurs aventures.

Matthieu Fournier, vous êtes journaliste à la RTS depuis 2014, et ça fait un peu plus de sept ans que vous travaillez pour Passe-moi les jumelles… vous avez toujours le même entrain ?

L’enthousiasme est encore complètement là. Il est renouvelé par le fait que mon métier a beaucoup changé au fil des années. J’ai commencé par l’actu, ensuite présenté Passe-moi les jumelles, fait des reportages au sein de l’émission, et maintenant j’ai un rôle de producteur, qui est une casquette que j’ai expérimentée au fil des années. Et à chaque fois ce sont des facettes très différentes du métier, ce que j’apprécie beaucoup. Je ne me suis vraiment jamais lassé.

Qu’est-ce qui vous plaît à Passe-moi les jumelles ?

Ce qui me plaît le plus, c’est d’avoir l’impression de contribuer à un sentiment positif pour le public. J’ai beaucoup de respect pour des émissions comme Temps présent et Mise au point, qui sont indispensables, mais on en ressort en se disant que le monde ne va pas très bien, même s’ils ont intégré un journalisme plus positif. Une chance qu’on a à Passe-moi les jumelles, c’est qu’on peut faire une émission où on passe un super moment avec les gens sur le tournage, où on rencontre des gens, et ensuite on en fait un montage où on essaie de transmettre ces émotions positives, de faire du bien aux gens.

C’est important pour vous, de lier votre pratique du journalisme et votre passion pour le grand air ?

Ce n’est pas forcément que c’est important, c’est plutôt une chance. Au début, présenter Passe-moi les jumelles ne m’intéressait pas vraiment, je ne me voyais pas dans ce rôle. Mais j’ai pu proposer des choses qui m’intéressaient, autour de la montagne, la nature, le sport. Et c’est gagnant-gagnant parce que pouvoir traiter de sujets qui me plaisent me rend d’autant plus enthousiaste, et ça amène à l’émission une touche « outdoor » qui était très présente avec Benoît Aymon (réd. : le cofondateur de l’émission en 1993) et qui s’est progressivement un peu diluée.

Quelle a été la genèse de la série « Cap kayak », diffusée en ce moment ?

C’est né d’un mail reçu pour m’informer du projet de ce couple de Vaudois, Aline et Olivier, de rejoindre le Cap Nord en kayak. On s’est dit que c’était incroyable, mais que c’était trop long pour une seule émission. On a donc pensé que c’était l’occasion de créer une série pour notre plateforme de streaming Play RTS. J’avais déjà fait des reportages sur de tels projets dans des formats plus courts, dont un avec Tim Robert-Charrue au montage. Je me suis rendu compte que Tim était un vrai couteau suisse télévisuel, et on a monté ce projet ensemble, à côté de mes présentations d’émissions. Au final, ça a été deux ans et demi de travail, parce que le voyage des protagonistes a duré 25 mois au lieu de 15. Mais c’était une superbe expérience.

Combien de temps avez-vous passé à les suivre ?

Il y a eu sept semaines de tournage, réparties sur deux ans. Deux semaines en Suisse, quelques jours à Amsterdam et le reste en Suède et Norvège, suivies de trois mois de montage. Au vu de la durée finale (réd. : 11 épisodes d’une vingtaine de minutes chacun), c’est un peu plus efficient que nos tournages habituels.

Comment s’est passé le tournage ?

Les protagonistes improvisaient, et ne savaient pas où dormir chaque soir. Donc ça nous demandait une forme de souplesse aussi. On n’avait pas forcément un hôtel à chaque fois, on s’est adaptés. Mais je suis quelqu’un qui n’ai pas de problème à bivouaquer, à dormir un peu à l’arrache, et Tim non plus. Les contraintes, c’était plutôt de charger les batteries, sauvegarder les images,… Le plus dur à gérer, c’était le froid en Suède. Il faisait autour de -20 degrés la journée, la caméra avait un écran à cristaux liquides, qui gelaient. Mais au final tout a fonctionné, tout a tenu, même s’il y a eu beaucoup d’improvisation avec, de temps en temps, Aline et Olivier qui devaient nous attendre parce qu’ils ne savaient pas exactement combien de temps leur voyage prendrait, et arrivaient plus tôt que prévu à un point de rendez-vous.

D’autres projets un peu fous qui vous motiveraient pour la suite ?

On va essayer de continuer à proposer des séries comme « Cap kayak », si possible une par an. J’ai une liste sur mon téléphone des reportages que j’aimerais vivre, sur la montagne, la navigation… et ça m’intéresserait d’en faire un sur la spéléologie. Et faire une série des parois d’escalade mythiques en Suisse, ça me ferait rêver aussi !

Par Nina Beuret

Article paru dans le Médiatic 235 (mai 2026)