Il était parti pour trois mois non rémunérés, Valentin Emery sera finalement resté neuf ans à Léman Bleu, avant de rejoindre la RTS en 2022, d’abord comme correspondant au Palais fédéral, puis à la présentation de Forum. Depuis le 28 août, le Genevois a repris les commandes des éditions du week-end du 12h45 et du 19h30. Des commandes cédées par Jennifer Covo, qui a repris les éditions en semaine. Rencontre, quelques semaines avant sa première.
Vous expliquiez dans une interview de 2016 que, plus jeune, vous regardiez le 19h30 en vous imaginant un jour le présenter. Comment vivez-vous cette nouvelle étape ?
Avec beaucoup de joie. C’est un honneur, un bonheur, mais aussi une lourde responsabilité. J’ai la chance de faire le métier que j’aime, le seul métier que j’aie voulu faire, depuis l’école primaire au moins. Le 19h30 était un rêve particulier. Je n’en faisais pas une fixette, mais c’est quelque chose qui m’a toujours fait rêver.
On résume souvent le rôle du présentateur à quelqu’un qui lit simplement un prompteur. Qu’est-ce que cette image ne raconte pas de votre travail ?
C’est en général un poste de présentateur et de producteur. Ce n’est donc pas seulement lire un prompteur, mais c’est aussi produire l’émission. La journée, il faut réfléchir à l’émission, choisir par quoi on commence – l’ouverture est très importante –, construire ce qu’on appelle le temps un, le temps deux, le temps trois : les nouvelles, les approfondissements, puis l’évasion. C’est aussi trouver ses invités, faire les téléphones, préparer les interviews. Et puis il y a l’écriture, puisque pour lire un prompteur, il faut écrire le texte. Chaque journaliste propose un lancement, mais ne sait pas forcément ce qui vient avant ou après. Le présentateur, lui, doit penser à l’ensemble de l’émission. Il faut encore répéter les titres et se préparer avant l’antenne.
Vous connaissez déjà la présentation, à Léman Bleu comme à Forum. Qu’est-ce qui va changer avec les éditions du week-end du 12h45 et du 19h30 ?
D’abord, l’audience. Le 19h30 reste l’émission la plus suivie de la RTS, notamment le dimanche soir. Après, on reste dans un studio, on a des caméras face à nous, donc la manière de faire ne va pas fondamentalement changer. Mais il y a la force de frappe de la RTS, en nombre de journalistes, de correspondants à l’étranger et en capacité à faire des sujets. Les éditions du week-end ont aussi leurs particularités. Quand il y a moins de monde en rubrique, il faut davantage anticiper, construire les choses, avoir les bonnes idées et mettre un peu plus la main à la pâte dans la préparation. Je me réjouis de découvrir cette manière de travailler. Et puis l’actualité ne s’arrête pas le week-end, loin de là.
Vous avez beaucoup pratiqué le journalisme de terrain, notamment à Léman Bleu et comme correspondant au Palais fédéral. Qu’est-ce qui vous attire dans le rôle de présentateur ?
Ce que j’aimais à Léman Bleu, c’est que je faisais les deux. J’ai donc presque toujours eu une part de présentation. Ce que j’aime dans cet exercice, c’est le lien avec le public. On est à la fois au service du public et de la rédaction, comme un lien entre les journalistes qui font les sujets et les personnes qui vont les regarder. J’aime mettre les sujets en valeur, les expliquer de manière concise pour donner envie de les regarder. On ne voit pas le public, mais on sait qu’il est là.
Qu’avez-vous envie d’apporter à ce rendez-vous ?
Le 19h30 est une formidable émission, une grand-messe depuis des décennies. Elle fonctionne très bien et je ne crois pas qu’il faille la revoir. Ce que je peux apporter, c’est ma personnalité. Il ne faudrait pas qu’un présentateur impose ses marottes et que tous les sujets soient ceux qu’il aime : la Suisse romande, ce n’est pas Valentin Emery (rires). En revanche, ma sensibilité pour certains thèmes, des idées d’invités, oui. J’aime la politique, le sport, la musique, le cinéma, les régions, le terroir… Je suis assez éclectique, j’aime un peu de tout.
Un rituel avant de prendre l’antenne ?
Je n’ai pas vraiment de rituel. En revanche, ce que je vais retrouver au 19h30 et que je n’avais pas à Forum, c’est le moment où l’on s’habille, où l’on met sa cravate, où l’on passe au maquillage. C’est une pause pour l’esprit. J’aime bien ce moment-là.
Plus de public, c’est aussi plus de critiques. Comment les accueillez-vous ?
Je n’ai jamais voulu être dans une tour d’ivoire, et je crois que c’est important que les présentateurs ne le soient pas. Les retours, positifs ou négatifs, sont importants tant qu’ils sont constructifs. À Forum, il m’est arrivé de recevoir des critiques qui m’ont fait réfléchir, notamment lorsque certaines personnes avaient perçu mes questions comme biaisées. Je me suis demandé pourquoi elles avaient eu cette impression et ce que je pouvais faire différemment. Je trouve intéressant d’avoir ces retours, parce qu’ils permettent aussi de se remettre en question.
Par Rémy Trummer
Article paru dans le Médiatic 236 (septembre 2026)
