D’Athletissima aux matchs de la Nati, en passant par les Jeux olympiques, Baptiste Ruedin coordonne les équipes et les images qui font vivre les événements sportifs à l’antenne. Entre adrénaline du direct, innovation et réflexion sur la manière de raconter le sport au public, il nous emmène dans les coulisses d’un métier aussi essentiel que méconnu.
Comment définiriez-vous votre métier ?
Avant tout, je dirais que l’étiquette « chargé de production » ne reflète pas pleinement la réalité de mon travail au sein des Sports. Mes responsabilités sont en fait réparties sur plusieurs fonctions bien distinctes, souvent indépendantes des aspects purement logistiques ou budgétaires. En tant que chef d’antenne d’abord, j’assure la bonne retransmission et les transitions des directs sportifs en collaboration avec les commentateurs, le centre de diffusion et les responsables de la programmation. Je suis également chef d’édition sur des émissions avec plateau – en studio à Genève ou à l’extérieur – accompagnant des directs comme en Ligue des champions. En amont et en régie, je coordonne l’équipe éditoriale et technique qui fabrique nos productions domestiques. Enfin, j’officie comme chef d’opération lors de couvertures d’événements sportifs, à l’image de l’Euro féminin 2025 en Suisse, ainsi qu’en tant que producteur sur certaines captations nationales et internationales de la RTS, telles qu’Athletissima. J’interagis ainsi avec les instances sportives (p. ex. UEFA ou Diamond League), les comités d’organisation des compétitions, ou tout autre acteur médiatique dans le but de servir au mieux notre mission de diffusion audiovisuelle. Désolé pour cette réponse un peu longue (rires). Le point commun entre toutes ces casquettes reste la coordination. On a un vrai rôle de pivot entre les différents acteurs.
On parle souvent de vous comme des chefs d’orchestre. Qu’en pensez-vous ?
Peut-être, mais je retiens surtout que sans le savoir-faire des collègues et une collaboration efficace, rien ne pourrait fonctionner. C’est essentiellement un travail d’équipe, avec beaucoup d’horizontalité entre les différents métiers. En amont, on prépare le script, on rédige la partition. Puis, pendant les directs, je suis souvent dans l’oreille du ou de la journaliste pour gérer le timing et l’enchaînement des éléments, tout en coordonnant la régie, le plateau et les duplex sur le terrain.
La pression du direct ne vous dérange pas ?
Franchement, j’adore ça, c’est la pression inhérente au direct. Ce serait très difficile de faire un autre métier et de ne plus ressentir cette adrénaline.
Comment vivez-vous l’ambivalence entre votre rôle crucial dans le processus de production et le fait que vous restez dans l’ombre pour le grand public ?
J’adore ! Je serais incapable de faire ce que font les journalistes devant la caméra. Je dirais même que je suis gêné lorsque mon nom apparaît lors de la signature de fin. Même si ça fait toujours plaisir à la famille (rires). D’ailleurs, j’aimerais bien qu’on puisse mettre d’autres métiers en avant, comme celui des opérateurs·rices graphiques ou des maquilleurs·euses par exemple.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
De pouvoir travailler avec autant de corps de métier différents, en studio ou à l’extérieur, de pouvoir participer aux événements ou encore de pouvoir voyager en tant que chef de projet. J’adore également me questionner sur comment raconter le sport au public, comment transmettre les émotions.
À ce propos, pouvez-vous nous dire un mot sur les fameuses caméras disposées dans les haies à Athletissima ?
Tout est parti d’une discussion dans le train avec Yannick Krijnen, le réalisateur d’Athletissima : quelle caméra, quel angle supplémentaire pourrait amener une plus-value éditoriale au meeting ? C’est de là qu’est venue l’idée de ces caméras placées dans les haies, pour capturer le mouvement et la vitesse depuis un axe inédit. L’idée a suivi son cours et, en 2024, la RTS est devenue le premier diffuseur hôte à mettre ce dispositif en place.
L’une des particularités de travailler pour les Sports à la RTS, c’est la flexibilité dans les horaires de travail. La journée type n’existe pas ?
Exactement, les horaires sont toujours différents, il n’y a pas vraiment de journée type. On est sollicité essentiellement quand le sport se passe, c’est génial : il n’y a pas de routine ! Et forcément, ça permet aussi de souder des liens, que ce soit quand on travaille de nuit lors de Jeux olympiques à l’autre bout du monde ou quand des directs se terminent à minuit.
Quel est votre meilleur souvenir entre toutes ces productions ?
J’ai vécu le match Suisse-France depuis la régie lors de l’Euro 2021… c’était exceptionnel ! Il y a toute la passion du moment et tout d’un coup, tout redescend : il faut continuer à livrer la marchandise. C’est comme un commentateur qui crie sur un but, qui exulte, qui montre son enthousiasme et qui, en même temps, reste complètement professionnel. Je suis convaincu qu’il faut être passionné par le sport pour véhiculer l’émotion du moment au public.
Par Léonard Jolissaint
